Le depart de la Nouvelle-Zelande ne se passe pas comme prevu. Pour des raisons inconnues notre vol s'annule et les passagers sont reconduits en bus vers le centre d'Auckland. La compagnie aerienne nous heberge sur ses frais et on se voit loge a l'hotel ¨Crowne Plaza¨. Avec ses 5 etoiles on n'a jamais dormi aussi luxueux et d'un instant a l'autre notre vol vers l'Amerique latine ne semble avoir moins d'urgence... Avec exactement 1 jour de retard on part pour le Santiago. Le vol prend onze heures et etrangement on arrive au Chili 4 heures avant notre depart de la Nouvelle-Zelande. Le vol croise tant de fuseaux horaire que c'est bien pour la premiere fois de notre vie qu'apres le coucher du soleil, on voit le soleil se lever pour annoncer le jour d'hier.
Un nouveau continent nous attend, un pays different, une ville inconnue. Meme au bout de presqu'un an le defi reste aussi grand et l'aventure qu'on partage, jour apres jour, ne semble pas avoir de fin. Avec le temps on commence a se sentir des citoyens du monde plutot que des voyageurs. La recherche d'une voiture dans le centre de Santiago represente deja une experience sur soi. Pour taquiner les lecteurs du blog un publie la photo d'un camping-car nouvelle-zelandais en faisant semblant que c'est notre nouveau moyen de transport, mais ce n'est qu'une blague. En realite on opte pour une voiture a quatre roues motrices qui est bien mieux adaptee aux routes non-goudronnees qu'on aura a affronter. L'achat et l'organisation de la Nissan Terrano nous prend quelques jours mais on est fier du resultat qui donne une maison en miniature sur roues. Pourvu qu'elle restera dans les six mois qui viennent un compagnon de voyage fiable!
La paperasserie qui accompagne l'achat de la voiture nous fait decouvrir la ville de Santiago d'une facon presque evidente. Dans le centre on visite le musee des arts pre-colombiens et un des trois maisons de Pablo Neruda. A la memoire de la 35ieme anniversaire du deces du poete, une peinture murale se realise par des volontaires en face de son habitation. Avec deux traits de peinture en bleu on laisse pour toujours nos traces a Santiago. On quitte la ville par la route ¨Panamericano¨ qui mene vers le nord, mais on risque de retourner vers la capitale Chilienne. La promesse du garage d'ou vient la voiture de nous racheter la Nissan dans quelques mois, nous ramenera sans doute a Santiago a la fin de notre voyage a travers de l'Amerique latine.
Presque 1400 km plus dans le nord on quitte la route goudronnee pour un chemin de sel parfaitement praticable avec lequel on atteint le ¨Salar de Atacama¨. Quand le soir tombe sur cette plaine blanche on cherche un endroit pour dormir. Les lumieres des camions de sel qui continuent une bonne partie de la nuit a circuler representent les seuls signes de vie. L'intimite de l'endroit est surprenante. Inclus dans le stationnement unique sont un coucher du soleil sur la chaine de volcans qui determinent l'horizon, un ciel d'etoiles remarquable et un lever du soleil en jaune. Il est midi quand la chaleur nous chasse de cette oasis de paix. On visite deux lacs de volcan et sans s'en avoir apercu on est monte jusqu'a 4200 m d'altitude. Quelques flamants roze y nichent et on s'installe confortablement, un bon verre de vin rouge Chilien a la main.
Les tempetes de sable locales rendent le 'parking sauvage' quasi impossible et on se voit oblige de continuer jusqu'a la ville de San Pedro de Atacama. L'endroit ne representerait guere plus que quelques rues poussiereuses, une station-service bien cachee et un terrain de foot a l'herbe artificiel, si ce n'etait pas du pere Belge Gustavo le Paige qui y a consacre la moitie de sa vie. Sa passion pour l'archeologie a resulte dans un musee qui illustre d'une facon interessante le developpement des ¨Atacameños¨. Cette population originelle s'installait petit a petit pres des oasis apres avoir ete des chasseurs. C'est le debut de la pratique de l'agriculture et de la domestication des ¨chameaux des Andes¨. La vicuña et le guanaco sauvage sont sur le point de devenir leur equivalent apprivoise: l'alpaca et la lama. Quelques kilometres en dehors de San Pedro on visite les vallees environnantes. La paysage de lune qu'on decouvre est hostile, sec et aride et ne laisse pas de place a aucune forme de vie. L'environnement est unique et impressionnant, mais la tranquillite se voit derangee quand les tour-operateurs arrivent a l'heure du coucher du soleil et 200 touristes a la fois commencent a grimper une dune de sable. On trouve un endroit de reve pour passer la nuit et au reveil les vues panoramiques accompagnent notre tasse de cafe.
La route qui mene vers le prochain point d'interet devient rapidement mauvaise. Quand on atteint les geysers de 'El Tatio' la journee se termine. On a gagne tellement d'altitude que c'est avec plaisir qu'on prend place a cote du poele au bois en sympathisant avec le personnel de l'auberge. A 4321 m il ne fait que -12 degrees a l'aube et c'est malheureusement entre 6 et 8 heures du matin que le phenomene naturel developpe son activite maximale. Un geyser se produit quand une riviere souterraine gelee rentre en contact avec des rochers chauds. L'eau qui jaillit en surface est de 85 degrees et donne une fumee en forme de plume qui peut atteindre plus que dix metres. L'experience est inoubliable car des centaines de geysers a la fois transforment l'endroit en plaine fumante. Quand la matinee s'avance la terre redevient tranquille et il est temps de se rechauffer en se baignant dans la piscine vulcanique.
En continuant notre chemin on s'etonne des paysages desertiques qui semblent etre typique pour le Chili du nord. Une route droite, des poteaux electrique bien alignes et un chemin de fer traversent un paysage ou la vie se concentre dans quelques vallees vertes, etroitement coincees entre des parois rocheuses. Dans la ville de Arica on visite le musee archeologique. Comme curiosite il contient quelques momies les plus anciennes du monde, datant de 7000 avant J.-C. Les momies ¨chinchorro¨ sont 2000 ans plus vieilles que les exemplaires egyptiens et temoignent de la culture d'une petite communaute de pecheurs, provenant du Nord du Chili et de Sud du Peru. Bien que le Peru ne se trouve qu'a 20 km seulement, notre plan est de visiter la Bolivie en premier. En traversant la Chili d'ouest en est c'est par une bonne route a travers deux parcs nationales qu'on accede a la frontiere. Partant du niveau de la mer la montee demande son temps, ce qui nous donne l'occasion de largement profiter des panoramas splendides. Le lac Chungara qui se trouve a 4500 m reflete le sommet enneige du volcan Parinacota qui depasse lui-meme les 6000 m. La frontiere avec la Bolivie se rapproche. On passe de bureau en bureau en recueillant les tampons necessaires mais rapidement un probleme se pose avec les papiers de la voiture. Traverser la frontiere ne semble pas pour aujourd'hui et gentiment mais surement on se fait renvoyer. Le premier bureau civil se trouve a Putre, un petit village de montagne a 60 km et sans en avoir envie on fait demi-tour. L'agent qu'on y trouve est l'exemple meme de la bureaucratie et bien qu'il s'agit seulement d'imprimer un papier minuscule, il ne veut clairement pas nous aider. Quand egalement par telephone rien ne peut se regler on n'a plus le choix, et decourage on redescend tout le chemin fait jusqu'a Arica. Trois jours plus tard et un plein reservoir de gaspille on se presente de nouveau a la frontiere. Cette fois-ci on possede tous les papiers necessaires et meme que cela ne se fait pas tout seul on reussi a passer. Atteindre la Bolivie ressemble de plus en plus a une victoire!
La premiere grande ville qu'on rencontre est La Paz, la capitale du pays. D'une facon audacieuse Henk s'y fait un chemin malgre le trafic dense et plus que chaotique, jusqu'a ce qu'un parking souterrain en centre ville nous sauve. Durant quelques jours on echange notre matelas d'un metre a l'arriere de la voiture pour une chambre d'hotel avec un grand lit. C'est a pied qu'on decouvre la capitale et l'ambiance de l'endroit ne plait tout de suite. On flane la long des marches, on se fait gater par les jus de fruit fraichement presses, on visite le musee des instruments de musique traditionnels et une exposition sur les feuilles de coca nous apprend le role et l'importance de cette drogue 'a usage multiple' en Amerique latine. Pour quitter La Paz on reprend la voiture et au tarif surprenant de 1 euro par 24 heures pour le stationnement dans un parking souterrain surveille, on a eu raison de ne pas se depecher. C'est l'intuition qui nous guide hors de la ville car chaque forme de signalisation est absente. Au bout de 50 km la route goudronnee se termine et l'etat se degrade rapidement. Bien qu'il ya quelques jours on avait encore du mal a croire que le bus de La Paz a Rurrenabaque necessite 18 heures pour parcourir une distance de seulement 420 km, la realite nous devient de plus en plus clair. La piste serpente en suivant le flanc des montagnes, n'est pas plus large qu'une seule voiture et ne connait aucune barriere pour securiser le cote ravin. A ceci s'ajoute non seulement la confusion d'une conduite a gauche ou a droite qui alterne avec le trafic montant et descendant; mais egalement une circulation d'un nombre de camion tellement important que chaque virage represente un defi. Sa reputation d'etre ¨la route la plus dangereuse du monde¨n'est pas sans raisons et on s'estime heureux qu'on tient le volant en propres mains. Cela nous prend finalement 15 heures pour faire le trajet jusqu'a Rurrenabaque, le point de depart des excursions dans l'Amazone. Notre tour organise de trois jours commence en bateau. On debarque a Serere mais le lieu n'est pas plus qu'une collection de cabanes en pleine foret tropicale. Les huttes sont veritablement superbes, se situent en prive entre une vegetation luxuriante et ne se separent de l'exterieur que par l'intermediaire d'une moustiquaire. Ce soir on dormira avec les bruits de la jungle... Notre sejour devient pourtant plus dur qu'initialement pense. Les longues randonnees a travers de la vegetation dense a une humidite et a des temperatures exceptionnelles coutent des litres de sueur, mais la faune et la flore qu'on decouvre compensent largement l'effort. Des fourmis nocturnes qui ne transportent rien que des bouts de feuilles vertes, des insectes lumineux, des papillons geants, des tarantullas effrayantes, des anacondas qui sortent de l'eau, des alligators qui restent (heureusement) dans l'eau, des capybaras timides, des tapirs au nez pointu, des singes bruyants, des perroquets macaw dans l'arbre; chaque excursion nous apprend a ecouter et a regarder a la decouverte d'une biodiversite interminable. Sur un des lacs on peche avec de la viande bovine et on attrape 15 piranhas. Les plus grands exemplaires se preparent pour le dejeuner et ainsi notre liste se rallonge des curiosites mangees. De retour a Rurrenabaque, la ville perdue a la fin d'une route impossible, l'endroit nous parrait du coup vivant et actif apres la jungle. Dans le jardin du tour-operateur on se gare sous le feuillage d'un arbre fruitier en s'habituant aux bruits des mangues mures qui nous font sursauter a chaque fois qu'elles tombent sur le toit de la maison en tole ondulee. Quelques jours de repos avant de retourner a La Paz nous paraissent, vu les conditions de la route, bien merites.