7/05/08 - Le Rajasthan
Au bout de trois semaines il serait injuste de pretendre de connaitre l'Inde. Un pays grand comme 8 fois la France avec une population qui depasse le milliard d'habitants se caracterise par une diversite extrordinaire. De plus, l'histoire turbulente et la religion profonde ont peut-etre plus qu'ailleurs influence les traditions et la vie quotidienne de ce peuple.
En arrivant a Delhi il est temps d'organiser notre voyage. Suite aux temperatures qui ne cessent de grimper en cette periode d'ete, on opte pour visiter l'ouest du pays avant de se diriger vers l'extreme nord. Le transport public en Inde est largement developpe mais est extremement lent. Dans le but d'eviter des longs voyages en bus ou en train qui peuvent facilement varier de quelques heures a une trentaine d'heures (!), on decide de louer une voiture avec chauffeur. Et nous voila partis pour la premiere etappe de notre voyage qui prendra trois semaines et dans laquelle on decouvrera l'ouest du pays, la region de Rajasthan. A peine dans la voiture, installe sur le banc arriere de notre petite camionette, ou une surprise nous attend. Suite aux problemes des faux-guides, les gens travaillant dans le tourisme essaient de gagner confiance aupres les touristes souvent mefiants, par l'intermediaire d'un carnet qui raconte les experiences vecues par d'autres voyageurs. Dans les premiers contacts avec notre chauffeur, Sheru, lui aussi nous presente donc son 'carnet de bord'. A moitie interesse on fait semblant de feuillete son carnet, jusq'a ce que mes yeux tombent sur une ecriture qui ne m'est pas inconnue. Frappe de stupefaction on decouvre que des tres bon amis a nous qui ont visite l'Inde il y a plus qu'un an, ont voyage dans exactement la meme camionette, conduit par le meme chauffeur. Quel hasard incroyable!!
La moindre chose qu'on puisse dire est que voyager en Inde est une confrontation sur le plan general. Apres la fraicheure et le climat sain de l'Himalaya on se plonge dans un sauna a 45 degrees. Meme la nuit ne reussit pas de refroidir les pierres des batiments brulantes apres une longue journee de soleil. Notre corps ne cesse de transpirer, mais ce n'est pas la seule raison de notre sentiment d'incomfort. La cuisine indienne a beau avoir la reputation d'etre culinaire, nos estomacs n'en pensent pas du meme. A tour de role on souffre d'une maldigestion et dans la recherche d'une alimentation 'sure' la cuisine culinaire finit par se reduire en des biscottes, quelques fruits et du riz blanc.
La confrontation se poursuit entre l'idee qu'on se forme d'un pays et d'une culture a base de ce qu'on lit et de ce que les gens racontent et les experiences vecues une fois sur place. S'il faut croire la plupart des voyageurs, l'Inde est le pays des reves, la destination ultime, d'un beaute incomparable, des odeurs exotiques et d'un peuple fascinant. La salete dans la rue, les veritables poubelles ouvertes et les egoux qui debordent, accompagnes de ses odeurs putrifiantes, representent pour nous la premiere experience qui perce cette image idyllique. Encore heureux qui grand nombre de chien et de vaches se promenent dans la rue pour recycler tout ce qui est mangeable, les sacs en plastic inclus. On serait meme tres curieux de connaitre le contenu exact de l'estomac de ces animaux a l'abondant. Malgre le status sacre des vaches, elles vivent loin du paradis! La deuxieme chose qui devient rapidement une source d'enervement est le niveau d'intelligence des gens qu'on rencontre. Il n'y a pas un mot en Anglais qui s'ecrit correctement et chaque question posee se repond avec un 'oui'. Il semble meme que notre patience diminue avec le temps. Un proprietaire de riksja accepte notre demande de nous emmener a l'hotel pour admettre au bout d'une demie heure qu'il n'a pas la moindre idee de la route. A l'entree d'un temple qui se visite les billets se vendent jusqu'a l'heure meme de la fermeture. Pour consulter nos emails dans un cafe internet, ils nous exigent notre passeport, notre visa et une photo d'identite! Sur la demande d'une bouteille d'eau froide assis dans le restaurant de l'hotel, ils nous servent une bouteille d'eau gelee. Heureusement ils n'oublient pas les verres... Il est vraiment incroyable comment des choses facile peuvent se compliquer en Inde. En plus, personne ne nous laisse tranquille. On est le cible de tout les mendiants et de tout les commercants, qui essaient de vider nos poches a la premiere occasion. Se promener paisiblement dans la rue en Inde est veritablement impossible! La troisieme experience qui nous choque est la place de la femme dans la societe indienne. Dans ce monde d'hommes elle ne signifie strictement rien. Elle n'est qu'un objet appartenant a l'homme, ou a sa belle famille des le mariage arrange. Tout en travaillant dur elle est forcee de se couvrir, souvent meme le visage, pour se cacher des regards des hommes. Selon une tradition ancienne qui heureusement ne se pratique plus de nos jours, chaque veuve etait brulee vivante apres le deces de son mari. Elle avait interet de se marier avec un jeun homme car un vieillard signifiait la chronique d'une mort annoncee. Bref, ce n'est peut-etre pas a nous de juger une societe qui n'est pas la notre, mais d'apres notre perception d'egalite il est plus que normale que cela nous revolte.
Une autre confrontation vient du pays meme. Durant les six mois qu'on est maintenant en route, la beaute des pays visites s'est presque toujours revelee par les paysages etendus et une nature splendide. Pour la premiere fois depuis notre depart c'est la culture qui domine et qui forme les points d'interet de notre visite. La vie quotidienne en Inde est basee sur la religion. Bien que le Hinduisme soit la religion la plus rependue, tous, meme les religions minoritaires s'expriment avec un certain fanatisme. Des temples se dressent dans chaque ville et se caracterisent souvent d'une architecture raffinee. En ajoutant a ceci une histoire de defaites sanglantes et de victoires glorieuses du temps des empereurs Mongols et des guerrilles Rajputs et on se trouve aujourd'hui face a une patrimoine culturelle sans egalite. Chaque endroit au Rajasthan qui a joue un role important dans cette histoire qui a dure cinq siecles, compte une forteresse soigneusement conservee, des palais majestueux et des temples decoratifs. Chaque visite de la vieille ville nous deplace dans ce passe qui temoigne de la richesse enorme de l'epoque et de la genialite des constructions.
Il est difficile de parler du Rajasthan, sans parler des chameaux. Bien que les anes et les vaches font leur part dans le transport des chargements, c'est ici qu'on decouvre pour la premiere fois le chameau comme animal de traction. Des grands charriots en bois sont atteles derriere ces animaux robustes du desert. Charges de tout ce qu'on peut s'imaginer, ils occupent leur place dans la rue, meme en ville a travers un traffic plus que chaotique. Pendant notre aventure dans le desert de Khuri, pres de la frontiere avec le Pakistan, c'est nous et nos bagages qu'ils portent durant deux jours. L'experience de ce safari au dos du chameau, se complete avec une nuit dans les dunes. Les chamaliers se sont meme charges de transporter un vrai lit, raison pour laquelle on passe une nuit sous la belle etoile comme des rois. A Bikaner on visite l'unique centre au plan national qui effectue des recherches sur les maladies et la reproduction des chameaux. Le centre compte 300 exemplaires dont 70 males, qui se pretent regulierement pour la saillie. Les chamelles, souvent emmenees de tres loin par des habitants a la recherche de l'amelioration de la genetique de leurs troupeaux, remplissent quasi toujours grace a l'ovulation systematique apres chaque saillie. Pendant notre visite au centre on a meme la chance d'assister a une collecte de semences, suivi d'une 'fausse' saillie par un male infertil (pour inducer l'ovulation) et l'insemination artificielle d'une chamelle avec les semences fraichement recoltees!
Et nous voila de retour a Delhi. Notre voyage a travers le Rajasthan a ete une grande experience, certe, mais il est devenu plus qu'evident pour nous que l'Inde n'est pas le genre de pays qui nous plait. C'est surtout le comportement des gens auquel on n'arrive pas a s'habituer et qui represente une source d'irritation qui s'agrave avec le temps. On a donc pris la decision de laisser tomber le nord du pays et de s'envoler pour l'Australie dans deux jours. Le 12 mai deja on est attendu a la ferme pour commencer une formation dans le but de devenir enfin des vrais cowboys. Monter le cheval, attraper des vaches au lasso, castrer des taurillons, tondre des moutons, on apprendra tout a la facon des cowboys sur une 'ranch' australienne. Attention notre retour en Creuse!